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3  AMERICAS   BY   BICYCLE

MES VOYAGES AUX TROIS AMERIQUES EN VELO

LA COTE BRÉSILIENNE

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT LA COTE BRÉSILIENNE

Parcours : Asunción - Ponta Pora - Guaira - Curitiba - Rio de Janeiro - Buzios - Macae - Nova Friburgo - Petropolis - bus Itaobim - Porto Seguro - Salvador de Bahia - Recife - Fortaleza - Belém - bateau Macapa - Oiapoque - Cayenne 8800 km du 25 juillet 2010 au 20 décembre.

6 h : Il fait déjà jour, soleil et 20°. Je regarde dehors, ça va le vélo est toujours là. Je remballe tout dans la tente, sort les sacoches, et replie la tente. Puis assis sur une sacoche je mange un 1/2 ananas pour me désaltérer. Autour les villageois déjà réveillés s'agitent.

7 h : Je pars, il fait 25° à l'ombre. Mais celle-ci est très rare sur ces routes d'Amérique du Sud. Les bas côtés sont largement dégagés. Ils le sont tant que les ultra pauvres y construisent des maisonnettes en terre battue et toit de chaume, très écolo, avec potager, et puits. Ainsi des villages entiers apparaissent, avec bars, église, électricité, numéros. Joe Dalton SuperKarcher et ses millions de frères n'existe pas ici, on a compris que permettre les bidonvilles, les gérer, les aménager, c'est permettre l'intégration, la scolarisation, l'hygiène, travailler, manger, dormir, avoir des amis et une vie de famille. ces gens là ne seront pas obligés de devenir de la racaille pour satisfaire les besoins essentiels.

8 h : La route est toute droite, toute en collines, pente douce ou à 10%, pas une courbe, pas un plat. Elle suit rarement la côte, inculte, dangereuse autrefois par les pirates, et coupée de deltas marécageux où poussent les forêts de mangroves, les arbres de sorcellerie sur pattes, arachnides géants cachant une faune très riche et souvent venimeuse. La route préfère aller de bourg en petite ville, à 10 km à l'intérieur, parmi les champs de canne à sucre, de maïs, de blé et de soja, les prairies à vaches, les plantations de cocotiers et cajou, ou à travers la selva. Le vent toujours d'Est, de l'Atlantique, se lève, encore frais.

9 h : J'atteint le premier bourg, des édifices bas de mauvaise qualité le long de la route, et quelques rues étroites où se cachent des épiceries, des bars, une place, des églises, des lignes de maisons blanches et de petits immeubles modernes. Le soleil est déjà haut, il fait 30°, c'est l'heure de la première bouteille de bière, 600 ml, au bar, entre amis. Je lui préfère un café crème avec des gâteaux dans une boulangerie si j'ai de la chance, ou sinon un litre de lait avec du miel. Et avant de repartir je m'enduis de crème solaire.

10 h : Je suis trempé de sueur, mes habits, mes gants sont trempés. Le vent est devenu tiède. L'eau des bouteilles est tiède. Je cueille le long de la route quelques cajous, fruits rouges ou jaunes dont on mâche la pulpe pour extraire le jus abondant. ça me désaltère, me bourre de vitamines, et coupe la faim. j'évite de transporter de la nourriture fraîche car tout tourne avec la chaleur, et puis il n'y pas d'ombre pour s'arrêter. Parfois, des fermiers vendent sur des étals le long de la route, devant la porte de la ferme isolée, fruits ou eau de coco, ce qui améliore mon ordinaire.

11 h : J'entre dans la petite ville pour faire des courses pour le déjeuner, yaourt à boire, fruits, lait, et un litre de coca bien frais. Laitages et fruits sont la base de mon alimentation, pour résister à la chaleur continuelle, qui par la sueur me fait perdre eaux vitamines et minéraux. J'ai tout le temps soif, mais de lait ou liquide sucré. L'eau ne me désaltère pas. Le soir j'ajoute une boite de sardine et une de mais, il n'y a guère de choix dans les rayons. Avant Rio, je déjeunais dans les stations services le plat du jour traditionnel, riz pâtes flageolets et boeuf bourguignon, toujours pareil. Le brésilien mange pour se nourrir, ce n'est pas un gourmet. Mais il fait trop chaud, je ne le digère plus. La ville est neuve, vite construite, mal faite, mal entretenue, de matériaux de mauvaise qualité, de blocs utilitaires sans aucune esthétique, et de tours bordant la plage. Les rares places n'ont pas d'ombre. mais il y a des trottoirs. Les rues sont encombrées de voitures camions et motos qui ronflent. Les multiples passants parlent très fort. la musique hurle des haut parleurs posés devant les magasins, ou diffusée par des voitures ou motos qui font de la publicité ambulante. Dans chaque lieu public, chaque boutique, chaque logement, la TV est allumée. Je fuis, je mangerai plus loin, à la sortie, sous le dernier arbre. Mais avant je m'arrête à la station service pour prendre une douche tiède tout habillé, pour me rafraîchir.

12 h : C'est l'heure de la cachaça, avec le déjeuner, un verre à moutarde de rhum local à 60°, ça vous transforme. Je lui préfère le litre de coca glacé. Le déjeuner est fini, je reprend la route. Le paysage vallonné continue toujours pareil. Le Brésil est ainsi, monotone, avec le même paysage sur des territoires immenses, la moitié, le double de la France, avec partout ces collines, le planalto. Les grandes fazendas, entreprises agricoles qui cultivent et transforment sur place, pratiquent la monoculture extensive, sur des centaines de kilomètres. Et ailleurs la prairie est naturelle avec quelques arbres épars et bas c’est le cerrado, soit que le vent est trop fort pour que poussent les arbres, soit que le sol est trop pauvre, trop sec. Ou bien c'est la selva, toujours verte et humide, boueuse, semblable d'Iguazu à Cayenne, inextricable, avec les arbres en strates, les plus hauts protégeant du soleil, les plus petits vivants dans l'humidité, telles les fougères arborescentes ou les palmiers, ses lianes et ses racines qui entremêlent tout, pour que les fleurs soient près de la lumière, en hauteur. Bien sûr ceux ne sont pas exactement les mêmes arbres, les variétés changent, mais les espèces peu, sauf vers Sao Luis, ou la forêt est faite de palmiers dattiers. Et puis il y a la selva basse la catinga, à l'intérieur des terres, ou vers Fortaleza, toujours aussi dense et inextricable, faite d'arbustes de 1 à 3 m de haut, souvent épineux, de sable et de caillasse. Pas de feuillage, il fait trop sec, il n'a guère plu depuis 2 ans, la forêt est caduque en été, tristesse et grisaille à l'infini, de par les collines.

13 h : Le vent a forci, il est devenu chaud. Le soleil est vertical, il n'y a plus d'ombre. La chaleur a montée, renvoyée par l'asphalte, je suis dans un four. Je dois en être à mon 4 me litre de boisson. Les côtes deviennent difficiles. Le coeur bat la chamade sous la chaleur. Le vent freine. La volonté est réduite. J'utilise le grand braquet, 22-34, et parfois je pousse le vélo. Il est trop tôt pour s'arrêter, sauf à l'hôtel, dans une de ces villes détestables, le paysan ne comprendrait pas. Il faut continuer, atteindre la station service pour se doucher de nouveau, pour faire le plein d'eau, l'épicerie pour le plein de fruits et de lait et les boites du soir. Les Brésiliens continuent à boire des bières, ils ne dégustent pas ils s'enivrent. La route me récompense, s'approche de la mer, et du haut de la falaise m'offre des vues splendides sur les deltas, ou sur des baies sablonneuses et des eaux bleutées, des îles couvertes de selva. Mais tout est privé, fermé, comme tout le littoral brésilien, quartiers fermés en copropriété, hôtels et résidences secondaires. Parfois elle descend au pied de la falaise, et passe parmi les cocotiers et les villages de pécheurs, parfois elle disparaît, et je dois passer par la plage à marée basse, expédition toujours délicate avec le vent salé, la réverbération, le sable mou, et les rochers. Il y a peu d'oiseaux visibles, ils se cachent dans la forêt. Le Brésilien chasse les petits oiseaux pour les vendre, les gros pour les manger. Il pêche aussi, poissons crabes et coquillages; Coutumes anciennes et survie.

14 h : J'atteind l'épicerie, où j'achète les fruits, le lait, le sirop en poudre, et les boites pour le soir. Puis je passe au bar faire le plein d'eau , vu que j'ai 3 bouteilles d'un litre et demi, je demande de l'eau du robinet, au grand dam du patron. Il paraît qu'elle n'est pas potable, mais ça fait 4 mois que je la bois sans être malade. Faire peur pour vendre un produit qui ne sert à rien, une des bases du capitalisme, les Brésiliens ne boivent que de l'eau en bouteilles de 20 l, jamais l'eau du robinet. Alors j'explique en une demi heure l'eau glacée devient chaude, à quoi bon me donner celle qu‘il garde au frigo? Et je répond en riant pour la 1001 me fois aux questions d'où viens tu, où vas tu, seul, tout en vélo, en combien de temps, imaginez c'est comme si en France je répondais je viens du Sénégal et je vais en Finlande, ça n'a aucun sens, sauf que c'est 2 points sur une mapemonde, loin, trop loin, trop long. Parfois la conversation s‘engage, mais le Brésilien n'est pas curieux.

15 h : Je cherche où dormir, tous les jours c'est un nouveau pari. Impossible de dormir dans la forêt ou un champ, , il faut une zone dégagée, utilisée par l'être humain. La nuit il y a les bestioles, et surtout les millions de fourmis, qui font des petits trous et entrent dans la tente. Alors j'ai tout utilisé, par chance la plupart des locaux ont un auvent, uma galeria, c'est idéal pour poser la tente autoportante à l'abri du vent et de la pluie, sur du ciment : églises, maisons vides, stations service, corps de ferme, infirmeries, écoles, terrains de sport ou de loisir, en général au vu et au su de tous, en plein village ou hameau, et parfois chez l'habitant. Mais le Brésilien a peur, il n'est pas hospitalier, sauf en Amazonie. A peine arrêté je monte la tente, je marque mon domaine, et j'accroche le vélo, mon laisser passer.

16 h : Quelqu'un vient voir qui je suis, regarde le vélo, fait OK du pouce, et s'en va. Le matin si je tarde un autre viendra voir si je m'en vais. Parfois c'est l'occasion de parler, mais le Brésilien n'a pas le temps, et puis son accent est imbuvable, et le mien aussi. Si j'ai de la chance il y a un robinet, et je me douche une fois de plus, et un peu de lessive, pour virer le sel. Puis j'étale ma mousse et je fais une sieste.

17 h : je chauffe le thé, c'est l'heure du goûter et du dîner, de la décontraction. Il est tôt, mais bientôt il fera nuit, et puis je suis trop épuisé par la chaleur pour faire autre chose. Philosophe je mange des fruits, mangues ou ananas, sardines et maïs en boite. Il y a des années que je ne cuisine plus, trop compliqué. Je regarde le paysage, les villageois. Une fois le repas fini, j'ajoute une bonne rasade de cachaca, vous vous souvenez le rhum à 60°, aux 2 tasses de thé restantes, ça fait du bien. Puis je gonfle le matelas, j'installe le drap, le sac de couchage ne sert plus à rien, et je rentre les bagages dans la tente parfois avec les outils et la pompe parfois non, au feeling, mais la sacoche de nourriture reste toujours accrochée au vélo à cause des fourmis, puis j'assure le vélo. Voilà je suis prêt et je regarde le coucher de soleil.

18 h : C'est le crépuscule le vent tombe, juste quand il pourrait rafraîchir, et les hordes de moustiques et mouchettes arrivent en formation, je me réfugie dans la tente. Je n'ai qu'une petite lampe de poche alors j'écoute de la musique. Je suis vite en sueur. Le matelas est chaud, la tente est chaude, les sacoches sont chaudes, et tout irradie la chaleur accumulée durant le jour, le sol, les murs, les toits, les arbres....Ma peau irritée me gratte et me pique. Malgré tout je tombe peu à peu endormi. je dormirai, si tout se passe bien, gêné par la chaleur, par la sueur irritante, par les cauchemars dus à l'effort, par les douleurs musculaires. Et puis souvent il y a le bruit, des camions, des bars, de la TV, et la lumière des lampadaires ou des lampes allumées toute la nuit devant chaque maison.

Au cours de ce voyage j'ai vu peu de spots touristiques : les plages, trop difficiles d'accès et trop cher. l'hôtel c'est 15 à 20€, mon budget quotidien. Et puis une plage super pour un Brésilien c'est un endroit pour faire la fête ou se reposer, ce n'est pas un beau paysage. Ce fût surtout intéressant d'un point de vue sociologique et géographique, j'ai vu les conditions de vie, la nature et l'utilisation des sols. Je peux séparer les Brésiliens en 2 classes, les pauvres qui n'ont aucun espoir de montée sociale faute d'éducation, et dont les centres d'intérêt sont l'alcool, le complément sexuel et la TV, et la classe moyenne, qui travaille sans arrêt pour atteindre le niveau de vie de la bonne bourgeoisie européenne, et fait beaucoup de sport. Et par rapport à mon premier voyage en 2006, j'ai noté de nets progrès dans la modernisation de ce pays : routes en bon état, goudronnages, bien signalisées, propreté zut je ne peux plus jeter mes bouteilles et boites vides n'importe où, très peu de mendicité depuis l'instauration du revenu minimum contre la faim, construction de villages gratuits avec terre cultivée commune, plein emploi, électrification des villages, eau courante, etc... Je me suis toujours senti en sécurité, et d'ailleurs il ne m'est rien arrivé alors que j'ai campé presque tous les jours, sauf dan les grandes villes où j'allais dans les albergue. Et j'ai constamment eu un sentiment d'étrangeté, de par le paysage, de part la selva, de part le mode de vie des Brésiliens, de par les habitats, les fruits, le bruit, tout.

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